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Deux policiers ont été renvoyés en correctionnelle, vendredi, pour la mort accidentelle de deux adolescents en 2005 près de Paris, affaire qui avait déclenché une
vague de violences sans précédent dans les banlieues françaises. Deux juges d'instruction de Bobigny (Seine-Saint-Denis) ont ordonné leur procès pour "non-assistance à personne en danger", contre
l'avis du parquet qui avait requis un non-lieu pour "charges insuffisantes" le mois dernier, a expliqué Me Emmanuel Tordjman, un des avocats des familles de victimes.
Le procès devrait se tenir l'année prochaine. La décision a été saluée par l'un des avocats des familles, Me Jean-Pierre Mignard, pour qui "ce qui vient d'être
annoncé est une information judiciaire aujourd'hui capitale". "C'est donc, après cinq années, la fin d'une première et longue séquence, trop longue séquence. Enfin le tribunal correctionnel sera
saisi, enfin le débat public aura lieu, enfin nous pourrons complètement savoir", a-t-il dit sur RTL.
Violences urbaines
Sur la même antenne, l'avocat des policiers, Me Daniel Merchat, s'est redit convaincu de l'innocence de ses clients. "Je considère qu'ils sont sacrifiés sur l'autel
de l'opinion publique", a-t-il déclaré. "Très honnêtement, depuis le début, je suis convaincu que les éléments constitutifs de l'infraction ne sont pas réunis, je suis convaincu de leur totale et
absolue innocence et je suis également convaincu que cette affaire se terminera par une relaxe publique", a-t-il ajouté.
Le 27 octobre 2005, trois adolescents poursuivis par des policiers s'étaient réfugiés par méprise dans un transformateur EDF à Clichy-sous-Bois, en
Seine-Saint-Denis. Deux d'entre eux, Zyed Benna et Bouna Traoré, sont morts électrocutés. Le troisième, Muhittin Altun, a été gravement blessé. Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur,
avait exclu toute faute policière, déclaré, à tort, que les jeunes gens n'étaient pas poursuivis par la police et paru leur imputer un délit. Le parquet n'avait pas ouvert immédiatement
d'enquête.
Une vague sans précédent de violences urbaines dans toute la France s'était alors déclenchée. Elle dura jusqu'au 17 novembre, se soldant par 300 bâtiments et 10.000
véhicules incendiés, ainsi que 130 policiers et émeutiers blessés.
Enregistrements
Les gardiens de la paix mis en cause, une policière stagiaire qui était ce soir-là au standard et un policier qui était sur place se voient reprocher de n'avoir pas
tenté de porter assistance aux adolescents en sachant qu'ils étaient entrés au péril de leur vie dans le transformateur. Les enregistrements des conversations de policiers, saisis pendant
l'enquête, font apparaître qu'a été prononcée cette phrase par un troisième policier : "En même temps, s'ils rentrent sur le site EDF, je ne donne pas cher de leur peau." Les deux policiers mis
en examen ont admis avoir entendu ces mots. La "police des polices" a dénoncé dans un rapport de 2009 leur "légèreté", mais sans demander leur suspension.
Le parquet avait conclu à la bonne foi des deux policiers. Il admettait les explications de la policière au standard, qui dit avoir pensé que l'affaire était close
en ayant été informée de l'apparition hors du transformateur de deux personnes, qui n'étaient pas en fait Zyed et Bouna. Le policier sur place a effectué, estimait le parquet, des vérifications
qui lui ont laissé penser que les deux jeunes gens avaient quitté le site dangereux. Les juges d'instruction ne suivent pas cette analyse et estiment qu'ils n'ont pas accompli les diligences
imposées par leurs fonctions.
Source : Le Point